Quand les actionnaires se sacrifient en touchant les dividendes du CAC40

Le CAC 40 a distribué 57,4 milliards d’euros de dividendes en 2018

L’info du jour: les groupes du CAC 40 ont versé 57,4 milliards d’euros à leurs actionnaires (et ce donc, juste pour les 40 plus grosses entreprises françaises). Un record, dû à une augmentation en 2018 de 12% des dividendes!

L’info en elle même est énorme. Pour rappel, Macron rogne sur les APL, voulait augmenter les taxes sur les carburants, restreint le budget des hôpitaux, entre autres, afin de respecter les sacrosaints 3% de déficit imposés par la commission européenne.
Il faut en effet récupérer les 40 milliards que le CICE va coûter cette année, en plus des 3.5 milliards abandonnés avec la transformation de l’ISF en IFI, et de la flat tax sur les revenus du capital (entre 5 et 20 milliards).

C’est à dire que le CAC40 reverse à ses actionnaires l’équivalent de toutes les aides qui seront données aux entreprises et aux ultra-riches cette année, aides pour lesquelles le peuple français se sera saigné.
Après ça, avouez qu’il sera quand même compliqué de nous faire croire que « l’on ne peut pas faire autrement » (TINA: There Is No Alternative), « augmenter le SMIC reviendrait à détruire des emplois« , « il faut baisser le coût du travail« …

On apprend également qu’en 2017, le CAC 40 avait réalisé sa meilleure année depuis 10 ans avec 92 milliards d’euros de bénéfices. Puisque 57 milliards sont distribués cette année, on peut en déduire que la part des bénéfices distribuées aux actionnaires dépasse les 60%!

La finance déconnectée des réalités

Il y aurait déjà tellement à dire sur cette annonce, mais Les Echos (propriété du philanthrope Bernard Arnault) trouve le moyen de faire encore plus choquant avec deux articles de commentaires de Pascal Quiry, auteur de la Lettre Vernimmen (spécialisée dans la finance) et professeur à HEC.

Dans le premier (Les groupes du CAC 40 ont versé 57,4 milliards d’euros à leurs actionnaires), on apprend notamment que les actionnaires se dévouent pour toucher les dividendes d’entreprises matures comme Total, Sanofi ou encore BNP Paribas qui distribuent à elles seules un tiers des dividendes du CAC40! Eh oui, sinon cet argent serait tout simplement gâché… Que ne remercions-nous pas les actionnaires pour leur dévouement!

A moins qu’il n’y ait d’autres utilisations possibles pour cet argent comme par exemple

  • Total: investir dans la transition écologique
  • Sanofi: investir dans la recherche sur les maladies rares, arrêter de fermer des centres de recherches neufs, dédommager les victimes de ses erreurs (Dépakine et rejets toxiques à Mourenx) et ne pas licencier
  • BNP: arrêter de soutenir l’évasion fiscale et des régimes douteux en Afrique

Mais c’est encore Guillaume Tatu qui en parle le mieux

Dans le second article (« Nous avons toutes les raisons d’être fiers des sociétés du CAC 40 »), alors que l’on traite du phénomène de rachat d’actions (autrement dit cramer le trésorerie de l’entreprise
en rachetant ses propres actions pour faire monter la valeur de celle qui restent sur le marché), le même Pascal Quiry trouve très sain que Apple soit le champion du monde de la pratique plutôt que d’avoir « 200 milliards bloqués sur des comptes à l’étranger », milliards bloqués en effet pour ne pas avoir à payer de taxes en les rappatriant aux US.

Et si plutôt que de racheter leur actions, toutes ces entreprises, dont Apple, la première d’entre elles donc, commençaient par tout simplement payer leurs impôts, et ce dans tous les pays du monde où ils sont implantés?!

Mais comme il n’avait pas encore glissé assez d’inepties dans ses commentaires, Pascal Quiry sort carrément l’artillerie lourdes pour la dernière question:


Oui, oui! Sachez le, toucher des dividendes, c’est comme aller retirer votre propre argent au distributeur, c’est pareil! #EtLaMarmotte? Ce Monsieur voudrait nous faire croire qu’il est tout à fait équivalent de prendre de l’argent sur la trésorie d’une entreprise pour la mettre dans la poche d’un actionnaire, ou de faire une retrait (c’est à dire prendre de l’argent sur notre propre compte). C’est une blague?

Que veut-on? Que les groupes du CAC40 ne fassent plus de bénéfices? Non Monsieur! Ce que l’on veut c’est qu’ils assument leurs responsabilités sociales et environnementales en ne détruisant pas la planète et notre santé pour distribuer plus de dividendes, qu’ils paient leurs taxes et qu’ils rétribuent justement les salariés qui sont ceux qui leur permettent de faire ces profits.

D’ailleurs en commentant les mêmes faits aujourd’hui, Emmanuel Lechypre, journaliste de BFM Business vendu au marché (pléonasme), a eu un lapsus fort révélateur sur le partage de la valeur entre salariés et actionnaires. On ne résiste pas au plaisir de vous le partager.

Il s’est d’ailleurs empressé de se rattraper avec une comparaison foutraque sur le niveau de partage de la valeur ajoutée entre salaires et dividendes qui nécessitera surement un prochain article…

Pour conclure, on citera notre bon président dans son interview à Mediapart à la veille du second tour: « la France est un très mauvais actionnaire ». C’est vrai un actionnaire qui réfléchirait à son impact social et environnemental plutôt qu’en cherchant à tirer un maximum de pognon de ses investissements, quel mauvais actionnaire! Mieux vaut vite revendre nos aéroports, nos barrages, la Française des jeux, … bref, tout ce que l’on pourra, au privé afin qu’il gère tout ça pour nous, et que les bons actionnaires se sacrifient pour en toucher les dividendes…